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Mali : Compte-rendu mission évaluation - février 2010

COMPTE-RENDU MISSION D’EVALUATION AU MALI
01 au 15 février 2010

Une équipe HAMAP SANTE s’est rendue en février 2010 au Mali afin d’évaluer les besoins dans 9 villages du secteur de Karangasso :
* Karangasso,
* Djeneni,
* Souchiéna,
* Kongolikoro,
* Wolokoro,
* Sanakoroni,
* Yogola,
* Nantéguébougou,
* Yangasso.

Ces villages se trouvent tous dans le sud du Mali, dans la commune rurale de Niéna. Karangasso est à 9 km de la route bitumée qui relie la capitale Bamako à la capitale régionale qui est Sikasso.

L’équipe est ainsi allée à Niéna pour une visite de courtoisie chez Monsieur Le Maire (M. Siné Diallo) ainsi que chez Monsieur le Sous Préfet (M. Bassi Doukouré) qui adhèrent à notre mission.

Après avoir parcouru 300km, ils arrivèrent à Karangasso. Tout le village était là pour les accueillir avec des danses et des chants.
Le secteur de Karangasso compte 9 villages (Karangasso se trouvant au centre). Pas d’eau courante, ni d’électricité, seule la maternité (si on peut l’appeler ainsi) a l’électricité, grâce à un système de capteurs solaires. Les conditions sont extrêmes : ils assisteront ainsi par hasard à un accouchement réalisé dans des conditions sanitaires déplorables (accouchement à même le sol, sur un plastique poussiéreux)….

Dès le lendemain, l’équipe est partie à l’évaluation des 9 villages.

1er village KARANGASSO (qui est divisé en 5 quartiers) : 1 761 habitants.

Il y a 2 écoles :

- 1er cycle : enfants de 6 à 15 ans : 275 garçons et 267 filles ;

- 2ème cycle : de 15 à 18-19 ans : 200 garçons et 149 filles.
Soit 10 classes en tout. Les enfants sont tous scolarisés à Karangasso. Il y a 12 instituteurs, dont 2 directeurs.
Il peut y avoir jusqu’à 121 élèves dans une même classe. Et bien sûr, très peu de livres, de cahiers et de stylos.
Puis, à partir de 18-19 ans, ils vont au lycée de Sikasso qui est à 75kms. Les enfants du second cycle des autres villages viennent tous à Karangasso (3-5-8 jusqu’à 10 kms) à pieds, très peu à vélo.
C’est à partir de 1963 que l’école de Karangasso a été créée. Dans les autres villages du secteur de Karangasso, c’est à partir de 2000, et à Niéna c’était en 1947.

Karangasso est le centre de ce secteur et c’est dans ce village que se trouvent la maternité et le dispensaire. Donc, pour 6755 habitants (3391 adultes et 3364 enfants), nous avons :

- 1 infirmier ;

- 2 matrones (dont une qui n’a pas de formation).

Descriptif du dispensaire :
En cas de maladie grave, ou d’intervention chirurgicale, les malades se rendent à Sikasso.
La maladie la plus fréquente est le paludisme : en 1 an 118 personnes atteintes du paludisme, uniquement les cas déclarés au centre de santé, sinon ceux qui se traitent par les plantes ne sont pas recensés par l’infirmier faute de pouvoir les localiser.
Pour se faire soigner, il faut en moyenne 15 000 CFA (environ 24 euros). Quand les villageois n’ont pas les moyens, ils vont acheter des médicaments dans les rues en ville (non fiables, non contrôlés qui peuvent amener d’autres maladies).
L’infirmier va s’approvisionner à Sikasso : dépôt régional des produits pharmaceutiques.
Au Mali, un seul laboratoire pharmaceutique à Bamako construit et géré par les Chinois et qui est de plus en faillite ; il produit donc les médicaments essentiels en quantité très faible (essentiellement contre les infections pulmonaires, le paludisme, des antalgiques et des anti-inflammatoires). Tous les autres médicaments viennent de l’étranger (France, Belgique surtout, la Chine et l’Inde).
Les habitants du secteur de Karangasso se fournissent en médicaments chez le seul infirmier. Même si les malades sont très affaiblis, on les transporte en vélo, mobylette ou en charrette.
Ce sont les enfants jusqu’à 5 ans et les femmes enceintes qui sont le plus touchés par le paludisme. En moyenne, 11 cas par an de mortalité dans le secteur de Karangasso pour les cas déclarés.
Maladies également liées à l’eau, surtout en saison hivernale (pluies de juin à octobre) : diarrhées, pas de médicaments pour stopper ; de ce fait, déshydratation et obligation de procéder à des perfusions.

L’infirmier s’occupe donc de la gestion et de l’approvisionnement des médicaments, il est responsable de la salle de soins (perfusions, soins divers), il s’occupe également de la vaccination : vaccins qui sont gratuits et pris en charge par l’Etat (DT Polio, Rougeole). Il y a également un programme national de lutte contre le SIDA.
Niveau d’étude de l’infirmier : BAC+3
Revenu de l’infirmier : 40 000 CFA (aléatoire). C’est une moyenne, puisqu’il est rémunéré par la population suivant le nombre de consultations et la vente de médicaments.
Les médicaments trouvés par notre équipe à l’infirmerie : antipaludisme, antalgique, aspirine, anti inflammatoire, et antibiotique en petite quantité.

Descriptif de la maternité :
La maternité à Karangasso comprend une salle d’accouchement (si nous pouvons la nommer ainsi), une pièce avec 3 lits et un petit hall.
En un an, on compte environ 100 accouchements. Le tarif est de 1 000 CFA. Les femmes, qui n’ont pas les moyens, accouchent à crédit (car il n’y a pas de caisse sociale, non reconnu par l’Etat).
Les consultations prénatales se font une fois par semaine ; à partir du 4ème mois, c’est la 1ère consultation ; puis une fois par mois jusqu’à l’accouchement.

Il n’y a pas de suivi après l’accouchement : la matrone n’est pas formée pour les consultations postnatales. Elle a eu 6 mois de formation avec une sage femme à Sikasso ; si problème il y a, elle n’est pas en capacité de gérer.
Les femmes allaitent ; pas de biberons puisqu’elles n’ont pas les moyens de les stériliser correctement. Très peu de lait, surtout avec la saison sèche. 90% de la population n’ont pas de lait une fois par mois. Pour les revenus, la maternité et le dispensaire sont groupés. C’est calculé en fonction des consultations des 2 organismes.
A la fin de chaque mois, on fait le partage mais c’est non proportionnel puisque l’infirmier gagne en moyenne 40 000 CFA (60euros) et la matrone ne perçoit que 20 000 CFA (30euros).

2ème village : WOLOKORO, accessible par des chemins de terre tous défoncés. Ce village compte 497 habitants.
Le village a une école : 2 classes, 2 instituteurs : CP1 et CE1, 60 enfants de 5 à 12 ans ;
Après 12 ans, ils vont à Karangasso, en sachant qu’il leur faut 2h à pieds (trajet aller) ; ils n’ont pas de vélo.
Ce village a une école pour adultes qui ouvre 2 mois consécutifs dans l’année pour apprendre à lire et écrire le Bambara.

3ème village de YOKOLA : 440 habitants.

Ce village comprend une école : 4 classes avec 2 enseignants Ressources : agriculture + élevage.
Niveau de vie : moins de 1 euro par jours.
Pour l’agriculture c’est de plus en plus dur. Ils voudraient construire un barrage, une retenue d’eau pour améliorer ces 2 ressources que sont l’agriculture et l’élevage.
Avec le prix en baisse du coton, arrêt petit à petit de la culture : 80% de la population a cessé de cultiver le coton. Il faut savoir que l’agriculture c’est surtout pendant l’hivernage (saison des pluies) dont 5 mois sur 12, de juin à octobre.

4ème village SOUCHIENA qui compte 1075 habitants.
Ce village a une école : 3 classes, 3 instituteurs :

- CP1-CP2 (dans la même classe : 88 élèves)

- CE2-CM2 Après le CM2, direction Karangasso.
Il est à préciser que la scolarisation n’est pas une obligation de l’Etat. Depuis quelques années (5-6 ans) ce sont les villageois qui se mobilisent pour l’alphabétisation.

5ème village NANTEGUEBOUGOU qui compte 398 habitants.
Une école : 2 classes + 2 enseignants (enfants de 5-6 ans jusqu’à 9 ans).
Puis comme tous les autres villages, direction Karangasso pour le second cycle.
Ce qui est exceptionnel par rapport aux autres villages, c’est qu’il y a une école qui enseigne le Français, mais également l’Arabe.

6ème village de KONGOLIKORO qui compte 711 habitants.
Ce village a une école : 6 classes + 6 enseignants pour 168 élèves (93 garçons et 75 filles).
Un enseignant est rémunéré par le village pour faire le 6ème.

7ème village de YANGASSO qui compte 220 habitants.
Ce village qui est à 2 kms de Karangasso n’a pas d’école.
Ressources : agriculture seulement (encore plus pauvre).

8ème village DJENENI qui compte 1196 habitants.
La particularité de ce village : 2 enseignants seulement sont rémunérés par l’Etat, 4 sont à la charge du village : ils sont payés grâce à la collaboration des villageois (agriculture, vente de bois, de bétails). Leur salaire est 30 000 CFA + 300kg de céréales + 1L. de Pétrole + essence pour moto.
Ressources : agriculture et un peu d’élevage.

9ème village SANAKORONI TOGOLA qui compte 477 habitants.
Il n’y a pas d’école, ils doivent se rendre à Karangasso qui est à 6kms.
Ressources : agriculture et un peu d’élevage.
Revenu : moins de un euro par jour.
Le chef de village a précisé que c’était très dur pour se nourrir, ils n’ont que des céréales (repas non variés).
Comme cela est le cas d’ailleurs dans tous les villages du secteur de Karangasso.

Le bilan de ces 9 jours :
Extrême pauvreté, manque d’hygiène, pas d’électricité, pas d’eau courante ; manque de salle de classe et de matériel scolaire. Pas d’ordinateur (pour les enseignants, maire, sous préfet).
Ils n’ont pas la possibilité de se soigner correctement. Faute de moyens, certains enfants ne sont pas scolarisés. Et les enfants sont très nombreux (6-7-8-9 par femmes).
Leur seule grande priorité est « de se nourrir ».

La mission de notre équipe a pu être réalisée grâce au concours et au soutien de :

- Monsieur Mohamed SANGARE : gestionnaire du Crédit Agricole pour le matériel et les engrais (BAC+4) ;

- Monsieur Brahima COULIBALY : enseignant BAC+3 ;
Tous les 2 résident à Bamako et sont ressortissants du secteur de Karangasso.

- Monsieur Brahima SANGARE : chauffeur de la vieille Toyota qui a conduit notre équipe dans tous les villages, et qui a eu beaucoup de mérite à circuler sur ces chemins tout en trous et bosses ;

- Monsieur Kader TOGOLA : président de la jeunesse du village de Karangasso ;

- Monsieur Alou SANOGO : secrétaire général de la santé de tout le secteur de Karangasso ;

- Monsieur Christophe JOBARD : auteur photographe qui a fait un travail remarquable.

Publication : August 2010

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